Bénin, dynamique et apaisant

Mercredi 18 novembre, le chant du coq dans la brousse me réveille, les oiseaux chantent, le vent souffle sur les bananiers et champs de maïs qui arborent le domaine. La journée s’annonce douce et exploratrice.

Cela fait à présent deux jours que je réside sur cette terre sacralisée. Dès le premier pas que je fais, timide mais curieux, j’ai l’impression de me réenraciner sur cette terre devenue familière. Avec Carole, nous allons visiter le marché de Cotonou, afin de choisir des tissus africains pour redesigner les fauteuils qui seront présents dans la paillotte-restaurant du domaine. Ce restaurant accueillera les bénévoles de l’ONG durant leur mission – par ailleurs, je suis la première bénévole de cette ONG, fierté et émotion m’envahissent -.

A l’heure du déjeuner, elle m’emmène dans un cabanon où l’on mange local, découverte totale, j’ai confiance en Carole. Donc nous prenons ce qu’ils appellent le « zem », taxi-moto, afin de nous rendre sur les lieux. Arrivées sur place, le rituel commence : on se lave les mains, on nous sert une pâte noire en guise de féculents, un énorme escargot ragoûté dans une sauce piquante ainsi que du fromage de bœuf.

Zem Cotonou
Repas béninois

Immersion totale dans la culture africaine, les odeurs montent et mon esprit ne peut que comparer avec la nourriture dite européenne. Cette pâte noire ressemble étrangement à la farine de sarrasin que nous utilisons en Bretagne pour faire les galettes. Goût familier, un peu rassurant je m’engage à ne rien laisser dans l’assiette. C’est en quelque sorte un moment suspendu, c’est l’occasion de quelques échanges avec Carole. Je mesure toute la précarité de la vie de ces femmes noires qui cuisinent dans ce cabanon. Puis nous repartons dans le marché Dantokpa pour trouver les pagnes. Il fallait être rapide et efficace.

Ce ne sont pas quelques corners de tissus qui se dressent devant moi mais des milliers de béninois à la recherche de la poule aux oeufs d’or ! A peine descendues des motos-taxi que nous étions noyées dans la marée humaine… Tout en ce lieu était l’objet d’étonnement. Rien n’est ici comparable au berceau de mon enfance. J’étais ainsi, fondue dans le grouillement. La hâte était si forte partout que je perdais mon regard, mon ouïe et mon goût un instant. Puis je me suis réveillée. Des milliers de motifs, couleurs, matières passaient sous mes yeux, je touchais, sentais, m’imprégnais de l’ambiance de la rue. A la fois simples mais complexes dans leurs motifs, les pagnes reflétaient l’image de ce pays d’Afrique : dynamique et apaisant.

Pagnes africains

Pour beaucoup de familles, chaque jour est un pas difficile. De la pauvreté à la misère, de la misère à la mort, le processus est si bien établi qu’il en devient banal. Les boutiques en bordure de route pourraient à elle seules permettre de mesurer la précarité à laquelle ce peuple est soumis.

Commerce bord de route

Cependant, une idée me dépasse. A l’heure où en France, nous nous battons pour retrouver une terre nue de toute chimie artificielle, où nous nous révoltons contre l’industrie agroalimentaire qui nous zombifie, nous empoisonne et nous crée chaque jour ces maladies modernes, industrie qui dénature le goût originel du produit du terroir, le Bénin, quant à lui, est un pays qui ne manque pas de richesses. Ce territoire est béni. Le climat est humide et chaud à la fois, la terre est fertile et 100% naturelle, dépouillée de tout intrant chimique – devenu rare sur notre Terre – . Pourtant, peu sont les personnes exploitant cette terre afin de récolter les fruits de Mère Nature. Cette terre leur est naturellement offerte mais beaucoup préfèrent monter leur commerce de télécom plutôt que d’être en communion avec la nature, étrange.

J’observe à la fois des africains défaitistes qui remettent leur situation précaire aux mains de Dieu, où l’espoir semble s’éloigner, et de l’autre, je découvre des hommes et des femmes qui font de réels efforts pour conjurer le mauvais sort et le chaos.

 

One thought on “Bénin, dynamique et apaisant”

  1. Jacquie Therrien dit :

    Bonjour, je voulais seulement vous dire que je suis allée en voyage humanitaire au Bénin en 2014, et que j’ai gardé de bons contacts avec des jeunes de ce pays. Dont Oboubé Blanchard Djossou, qui me dit bien connaître votre organisme Shammesh, dont il me dit grand bien. Je garde de bons souvenirs de ce pays, il n’est pas dit que je n’y retournerai pas un jour, qui sait…Bon séjour. Jacquie


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