La vallée de Sitatunga

Vendredi 27 novembre, nous nous réveillons aux aurores afin de préparer notre journée hors du domaine. Le soleil faisait don de sa chaleur et de l’éclat de sa lumière. Nous buvions un jus de Songhaï, pour un maximum d’énergie !

Puis, nous avons pris rapidement la route dans la brousse, nous avions rendez-vous chez les parents de Carole pour la dernière cérémonie de leur mariage coutumier avant de visiter la Réserve naturelle de la vallée de Sitatunga. Après une heure de route, assez chaotique, nous sommes arrivés chez les parents. Renaud et moi-même, nous nous installions dans le salon, la cérémonie pouvait commencer. L’émotion était au rendez-vous, même si je ne comprenais pas toute cette cérémonie parlée avec la langue locale, le fon.

Les bénédictions dites, nous avons tous les cinq repris la route direction la Vallée de Sitatunga. Ce site est une réserve naturelle communautaire, un domaine protégé où résident des espèces animales en voie de disparition comme l’antilope aquatique.

A l’origine de l’initiative, c’est grâce à la création et l’exploitation de la ferme aquacole Pantodon en 2006 que l’ONG CREDI a découvert par hasard les richesses biologiques de la zone humide dans laquelle elle s’était installée. Tombée sous le charme de cet écosystème si particulier, elle milite depuis novembre 2007 pour la création de la Réserve Naturelle communautaire de la Vallée du Sitatunga.

Celle-ci protège une dépression naturelle du sud du Bénin parcourue par la rivière Wawa, affluent de la rivière Sô en voie de comblement. Elle est essentiellement constituée de bas-fonds et de plaines inondables. Elle occupe près de 4 milliers d’hectares et regroupe une quinzaine de villages appartenant à 3 communes : Abomey-Calavi qui détient la plus grande aire, Zè en amont avec un bras mort de la rivière Sô et enfin Sô-Ava avec trois villages lacustres limitrophes de la réserve. A proximité des villages, on rencontre des îlots forestiers et des bosquets : ce sont les forêts sacrées qui ont une valeur essentiellement religieuse et ethnobotanique, et jouent un rôle important du point de vue de la biodiversité.

Vallée Sitatunga

Cette forêt marécageuse est menacée par la pression anthropique due à la proximité de Cotonou situé à 30 km. Avec ses 4 000 ha, celle-ci offre des services écosystémiques importants (*) :

– Services d’approvisionnement : eau douce, nourriture, fibres, ressources génétiques…

– Services de régulation, liés aux processus des écosystèmes : effet tampon sur les inondations, inertie climatique, etc.

– Services culturels et aménités : bénéfices spirituels, récréatifs, culturels, esthétiques, scientifiques, pédagogiques…

– Services de soutien aux conditions favorables à la vie sur Terre : cycle des éléments nutritifs, oligoéléments, métaux toxiques, cycle du carbone. Ce sont les services nécessaires à la production de tous les autres services : production de dioxygène atmosphérique et solubilisé dans les eaux, production de biomasse et recyclage de la nécromasse, formation et rétention des sols et des humus, offre en habitats naturels, etc. – Services ontogéniques caractérisés par un fond marécageux, elle abrite une riche diversité faunique et floristique.

Cet écosystème humide a notamment la chance d’abriter encore une antilope aquatique menacée. Cet animal élégant et farouche pouvant peser jusqu’à 90 kg pour 1,20m de hauteur au garrot, a été choisi pour être le porte drapeau des actions de conservation de la biodiversité de ce captivant milieu. Ainsi, le projet de réserve porte désormais son nom : la Vallée du Sitatunga.

Antilope aquatique
Crocodile

La présence d’autres espèces remarquables est aussi à signaler, il s’agit notamment du crocodile nain (Osteolemus tetrapsis), de la civette (Civettictis civetta), de la genette (Geneta sp.), du pangolin tricuspide (Phataginus tricuspis), des galagos de Demidoff et du Sénégal (Galagoïdes demidoff et senegalensis) pour la faune et du Parkia bicolor et du Piptadeniastrum africanum pour la flore.

C’est par ce constat qu’est née l’initiative qui vise la conservation de la biodiversité caractéristique des zones humides du Sud-Bénin mais aussi l’amélioration des conditions de vie des populations riveraines par une meilleure gestion des ressources naturelles.

D’ici quelques années, cette Réserve Naturelle doit à terme être totalement gérée par ses populations riveraines dans son intérêt et celui de la conservation de la nature. Afin d’intéresser les riverains et associations, le Site a mis en place un système d’adhésion, avec une carte de membre permettant de jouir de nombreux avantages comme la possibilité d’être éligible au comité directeur des associations, donne la gratuité de participation aux évènements socioculturels organisés par leur association, une visite gratuite par an pour le musée vert de la Vallée du Sitatunga, l’accès aux formations et aux voyages de découvertes et d’échanges organisées par l’ONG CREDI gratuitement ou à coût réduit, offre la possibilité de participer au concours « maisons vertes ».

Nous comprenions avec Carole et Renaud, que des initiatives écologiques et humanitaires étaient mises en place non loin du domaine de l’ONG, et que nous devions commencer à établir des liens solides entre cette Vallée en devenir et le domaine. Au fur et à mesure de la visite guidée, nous décidions comme un accord, d’inscrire ce site au programme des futurs bénévoles de l’ONG Shammesh. Cette visite était riche en savoirs et en émotions. Voir des antilopes était un rêve d’enfant. Le guide nous expliqua que ce site s’est construit autour des villages autochtones. Nous pouvions admirer une flore majestueuse d’un côté et croiser une famille, simplement vêtue de peaux de bêtes, ou d’un enfant nu, tambouille à la main, dévalant avec sourire la Vallée.

Enfants Sitatunga

Nous réalisions que ce site respectait au plus haut point toute sorte de communautés. Un ordre s’était établi, il y eut comme un pacte entre la terre, les végétaux et les animaux à jamais inséparables les uns des autres, car ils constituaient les maillons d’une même chaîne : pas d’animaux sans végétaux, pas de végétaux sans terre. Tous les trois étaient également l’œuvre de l’eau, de la chaleur, de la lumière et du souffle.

(*) d’autant plus importants qu’ils sont proches de Cotonou, la capitale économique du Bénin.


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